
Il était 7 h 40 sur l’arête sud-est, un peu au-dessus du Balcon. Le sommet était à trois heures et le ciel était le plus pur de toute la saison. Ma cliente était forte, bien acclimatée, et elle avançait — lentement.
Lentement : c’est le mot qui compte. Notre horaire de demi-tour était fixé à 11 heures, décidé au camp de base en avril, écrit au marqueur sur le dos de nos deux gants. Au rythme où nous allions, nous serions au Sommet Sud à 10 h 30, et en haut quelque part après midi.
Le chiffre qu’on fixe quand on a encore chaud
Un horaire de demi-tour, c’est une décision prise par la personne que vous êtes au camp de base — reposée, nourrie, lucide — pour le compte de la personne que vous serez à 8 500 mètres, qui n’est plus aucune de ces trois choses. Toute sa valeur tient à ceci : il ne se renégocie pas le jour venu.
« Le sommet est toujours facultatif. Redescendre ne l’est pas. »
Nous avons fait demi-tour. Elle a pleuré sur l’arête, puis encore au Col Sud, et trois jours plus tard, au camp de base, elle m’a demandé quand nous pourrions revenir.
Elle a atteint le sommet en mai suivant, à 8 h 15, largement dans les temps.
Ce que je dis à chaque client
- La montagne sera encore là l’an prochain. Vos doigts, peut-être pas.
- Un horaire de demi-tour est une promesse que l’on se fait à soi-même, tant que l’on pense encore clairement.
- Redescendre n’est pas échouer. C’est la partie de la course qui décide s’il y en aura une autre.